
sorti le 25 février 2019.
- 01 gemme I
- 02 gemme II
- 03 gemme III
- 04 gemme IV
- 05 gemme V
Titres 1, 2, 3, 4 et 5 composés, interprétés et produits par Benjamin Gibert, enregistrés à l’Abbaye Royale de Fontevraud, 2018. Échantillons de sons naturels enregistrés par Benjamin Gibert.
Mixé et masterisé par Benjamin Gibert, Lyon. Artwork par Benjamin Gibert.

Entrée dans l'hiver
Gemmes est un rituel de passage, un portail entre les dernières lueurs de l’automne et les premiers frimas de l’hiver. Cette transition est magnifique à observer dans la nature, à cet instant précis où la lumière ambrée cède la place au crachin de décembre. De longs matins ont été consacrés à marcher dans la forêt de Fontevraud, à observer les feuilles changer de couleur, à écouter les oiseaux, en superposant peu à peu les épaisseurs de vêtements.
Gemmes est né d'une résidence à l’Abbaye Royale de Fontevraud pendant un peu plus d’un mois, dans le prolongement d’une période sentimentale et émotionnelle très chaotique. La vie dans l’abbaye et le cloître est devenue une seconde peau, protectrice, un espace de retrait loin de toute interaction avec l’extérieur.
Le mot ‘gemme’ partage sa racine avec ‘bourgeon’, du latin ‘gemmae’.
C’est comme si un élixir avait été préparé pour les hivers à venir. Une manière de célébrer le fait que les jours raccourcissent, que la lumière s’atténue, que le froid s’installe, avec une certaine forme d'excitation, les conditions idéales étant réunies pour préparer un bourgeonnement. Le corps entre en hibernation, en jachère, dans un temps ralenti, au chaud, en observant l’hiver s’installer à travers une fenêtre.
L’artwork de l’EP représente cette fenêtre qui regarde l’hiver.



demi sommeil
Gemme I pose un décor onirique. J’envisage le premier titre comme une porte d’entrée. Il prépare l’auditeur à glisser dans un état de demi-sommeil. J’ai pensé ce morceau comme un tableau impressionniste nourri par l’imaginaire de l’hiver, traversé de chœurs, de chants d’oiseaux et de tambours feutrés. Il ouvre une dimension invisible, une réalité augmentée du cloître, comme une boule à neige.

pluie froide
Gemme II est un état d’euphorie, celui que l’on ressent après avoir longtemps crapahuté sous une pluie froide, le corps encore traversé par les impressions du ruissellement. J’ai cherché à retranscrire cet état en musique en construisant la pièce à partir de motifs répétitifs de différentes durées et de différentes densités. Ces motifs se répondent, se décalent, s’imbriquent et se superposent progressivement, dans un flux continu. L’ensemble est pensé comme un ruissellement cristallin, à la fois précis et instable. J’ai beaucoup écouté de musique minimaliste, improvisé sur des motifs au glockenspiel, avant d’assembler ces matières et de leur donner une structure.



vent du nord
Gemme III observe le vent et les cieux. Avant de basculer dans la phase la plus nocturne de l’EP, je souhaitais créer un point culminant aérien. La composition s’appuie sur les matières les plus « ventées » à disposition : la voix, l’ocarina, et le vent lui-même, capté dans les branches des arbres. Le morceau s’ouvre sur le son de la cloche de l’abbatiale de Fontevraud. C’est une manière de signifier un déplacement, comme si l’on montait de quelques mètres pour se rapprocher du ciel, observer ce qui s’y joue. J’ai pensé cette pièce comme un courant d’air continu, traversant différents instruments, entrecoupé de chœurs. Même sans adhérer à une foi religieuse, il m’importait de retranscrire l’état monastique et la verticalité très particulière du lieu, cette sensation d’élévation et de retrait du monde.

lumières nocturnes
Gemme IV amène la lumière. Ce titre me replonge dans tout ce que j’aimais de l’hiver lorsque j’étais enfant. Il évoque l’appropriation humaine de la nuit grandissante, les préparatifs des fêtes, l’illumination de l’abbaye. Après les mouvements plus introspectifs précédents, c’est une nouvelle phase d’euphorie où les lumières se multiplient. Musicalement, la pièce se construit sur une profusion. Le glockenspiel s’emballe, comme pour une dernière fête avant l’hiver. Je me suis amusé à démultiplier ces « lampions musicaux », dans une approche proche de la musique générative, en cherchant à créer de la structure tout en la débordant, comme une manière de courir légèrement plus vite que la musique.


cheminées
Gemme V atteint le solstice. C’est un repli vers l’intérieur, au plus près du crépitement des flammes d’une cheminée. Je tenais à faire basculer l’écoute vers le sommeil paradoxal, celui des rêves, juste avant l’endormissement profond de l’hiver. Il s’agit d’une pièce très organique, portée par un travail de design sonore particulièrement poussé. La composition s’inspire directement des mouvements du feu, de ses crépitements et de ses micro explosions, dont émergent des nappes d’accords issues d’instruments à cordes samplés dans le répertoire minimaliste. L’inspiration puise également dans la scène électro acoustique. J’ai voulu en faire le morceau le plus pictural et le plus surréaliste de l’EP, afin de donner la sensation de perdre définitivement l’ancrage avec la réalité.

