
sorti le 22 août 2025.
- 01 glassbirds II
- 02 noctambulism
- 03 aspérité liquide
- 04 taste of sap
Titres 1, 2, 3, 4 composés, interprétés et produits par Benjamin Gibert, enregistrés à Toulouse en 2025. Échantillons de sons naturels par Benjamin Gibert.
Mixé et masterisé par Guillaume Saint-Etienne & Benjamin Gibert à Music Action, Toulouse. music-action.com Photographies par Florian Langellier www.florianlangellier.com Artwork par Florian Langellier & Benjamin Gibert.

Sève cosmique
Nightingales est une fiction musicale en quatre titres, une rave secrète née entre les arbres. C’est un écosystème imaginaire fait de textures concrètes et organiques, de strates, de rythmes et d’entrelacs harmoniques, nourri de références musicales du début des années 2000. Le rossignol, oiseau emblématique de l’EP, est connu pour son chant nocturne. Il devient ici le symbole d’un espace liminal.
Je cultive une fascination pour tout ce qui advient naturellement, pour ce qui est accidentel et m’échappe, que ce soit dans l’environnement ou dans mon propre esprit.
L’impulsion est née d’une marche en forêt, au lendemain d’un festival. Dans le contraste entre les échos des nuits festives et le calme du matin, une question a surgi : et si j’inventais mon propre sanctuaire pour la danse, en jouant sur les contrastes entre le vocabulaire des musiques urbaines et l’organicité de la musique expérimentale ?
Apparaissent alors des fragments hérités de la scène électronique des années 90 et 2000 : des motifs empruntés à la house, à l’IDM et à l’UK garage, qui se déploient jusqu’à une polyphonie vocale futuriste, juste avant l’aube.
Une caractéristique de l’EP réside dans l’émergence progressive de la voix humaine, sans mots ni langage, sous forme de phonèmes et de fragments improvisés.


glassbirds II
Glassbirds II ressemble à un réveil progressif à la tombée de la nuit. Des oiseaux de verre traversent la canopée, se brisent et se reforment dans un environnement sonore scintillant, un mot qui a guidé toute la composition, du sound design à la dynamique du morceau.
Le morceau repose sur une trame de motifs mélodiques créés à partir d’impacts et d’éclats de verre, posés sur un rythme d’abord simple et binaire. Cette matière brute, longtemps laissée de côté, a ensuite été entièrement retravaillée. L’impulsion initiale a cédé la place à un rythme plus fluide et syncopé, inspiré des patterns UK garage et brokenbeat.
Le synthétiseur DX7 oriente la pièce vers une esthétique Frutiger Aero, créant un jeu de contrastes avec les sons organiques. Le morceau glisse progressivement vers une forme plus affirmée, jusqu’à une conclusion clairement façonnée par les codes de la house music.
À mi-chemin entre l’organique et le programmatique, Glassbirds II explore la mutation des matériaux et devient une chimère de genres.



noctambulism
Noctambulism est sans doute le morceau le plus ancré de l’EP, enraciné dans une jungle fictive et luxuriante. Il s’ouvre sur un paysage d’oiseaux et d’insectes, enregistré dans divers lieux bien réels puis drastiquement transformé. Les sons sont transposés, multipliés et déphasés afin de créer un environnement surréaliste et inquiétant.
Cette masse vivante devient un écosystème sonore traversé par de multiples organismes. Noctambulism pourrait être une version nocturne de mon titre Tui’s Garden, issu de mon album précédent Taihua. J’imagine un organisme vivant ayant muté, à peine perceptible dans le noir, mais dont on sent la présence à chaque coin de la forêt, comme dans un film de sci-fi horrifique des années 80.
Au cœur de ce décor se trouve un motif rythmique discret et continu. Une fausse maraca fabriquée à partir de sons d’insectes guide lentement vers la seconde partie. Plus structurée et plus mélodique, celle-ci réintroduit des nappes de DX7 et des expérimentations harmoniques issues du field recording, formant une transe immersive.
À l’intersection du field recording, de l’IDM et de la synthwave, Noctambulism trace un chemin plus lent dans la forêt, juste avant que la danse ne reprenne dans le morceau suivant.


aspérité liquide
Aspérité Liquide est le morceau le plus clairement « organic house » de l’EP. Deux strates constituent ce track : des motifs joués sur un vibraphone artisanal en mauvais état trouvé sur un marché aux puces, et des boucles de synthé glissantes. Je cherche à dessiner par là un tableau d’eau, de manière très délibérément figurative. L’eau qui glisse d’une part, l’eau qui coule d’autre part, un ruisseau qui gonfle, une canopée sous l’averse.
Une fois ce décor installé, je peux installer l’endroit de la danse au beau milieu, en faisant peu à peu référence plus explicitement à la house des années 90.
Le rythme s’appuie sur une combinaison de TR-808 et de field recordings, captés à partir de matériaux naturels collectés en forêt. La pièce est ponctuée d’oiseaux transposés et de chœurs fantomatiques, évoquant des formes de vie entremêlées.
Comme pour le reste de l’EP, l’approche reste la même. Installer un environnement, s’y poser, et laisser le corps entrer dans la danse. Comme un bivouac en forêt.


taste of sap
Taste of Sap est une expérimentation vocale, un monstre polyphonique hybride mi-humain mi-technologique, né d’une longue session d’impro avec un harmoniseur. Le titre est évocateur : la pièce s’épaissit progressivement, comme la sève elle-même, fluide, visqueuse et enveloppante. Pensée comme un chant de fin de nuit autour d’un feu, elle cherche, se structure, et finit par prendre la forme d’un hymne cérémoniel à l’aube.
Aucune langue n’est utilisée. Seulement une matière vocale brute, des phonèmes spontanés, organiques et viscéraux. La voix est l’instrument principal.
J’ai une voix que j’ai eu du mal à accepter pendant longtemps, jusqu’au jour où je me suis dit qu’après tout, c’est ma voix, mon souffle, et qu’elle est belle dans sa monstruosité, ses accidents et ses défauts. Je ne l’avais jamais vraiment façonnée ni explorée en profondeur. Pendant longtemps, j’ai voulu la laisser couler, mais j’avais besoin d’un sanctuaire, d’un espace sûr pour l’accueillir. Taste of Sap est devenu ce berceau, ce lieu de renaissance. Ici, je lâche prise. Ma voix s’écoule comme la sève, archaïque, indomptée, au-delà des mots, sans mesure ni grille. Juste des phonèmes et des pulsations venues du ventre. Il y a dans cette pièce quelque chose de profondément jouissif pour moi, qui n’entre dans aucune catégorie. Elle me ramène à ma propre préhistoire.
Un petit synthétiseur Casio vintage et portable ponctue l’ensemble, dans un dialogue joueur avec les improvisations vocales. Taste of Sap convoque un imaginaire primal et ancestral, et prépare l’arrivée du soleil à l’aube.






